les arts trompeurs, journée 4

From theatre to science and back: Trajectories at play in the scientific theatre of Paris modernity

Kurt Vanhoutte (Professeur, Université d’Anvers) et Nele Wynants (Post-doctorante, Université Libre de Bruxelles et Université d’Anvers)

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la modernité parisienne a connu un regain de popularité des performances caractérisées par un goût pour le spectaculaire, où les forains mêlaient les nouvelles technologies avec le théâtre, la science avec le divertissement, la rationalité avec la magie. 

À partir des années 1860, le travail de délimitation fut conséquent, la science entreprenant alors un projet de légitimation à grande échelle. 
Ses efforts la conduisirent irrémédiablement à une grande fracture : l’opposition qui postule que la science et l’art sont deux réalités distinctes. 
A contrario, Kurt et Nele souhaitent discuter de tous ceux qui ont continué d’habiter cet entre-deux, en se déplaçant par aller-retour dans un champ cerné par des catégories et des rôles distincts. 

Kurt et Nele mettront l’accent sur ces praticiens qui n’étaient pas des hommes de science, mais qui jouaient pourtant aux scientifiques – et c’est là qu'ils interpretent ce jeu comme un subtil va-et-vient entre la feinte et le réel, entre la représentation et la proclamation : ils ont ainsi voyagé entre l’art et la science, le rural et l’urbain, Paris et Londres.

De la physique amusante aux grandes illusions : évolution et diversification des procédés techniques au service des spectacles de magie au XIXe siècle

Leslie Villiaume (Doctorante, Université Paris 1)

Depuis le XVIIIe siècle, l’aspect expérimental des sciences fascine, les démonstrations de « physique amusante » connaissent un énorme succès. 

Le Second Empire vit une industrialisation qu’il faut accompagner et expliquer. 
Le public est fasciné par les « merveilles » de la science, la vulgarisation scientifique est à son apogée. 
Les prestidigitateurs du XIXe ont alors des programmes de spectacles dont les tours sont généralement liés plus ou moins implicitement aux connaissances scientifiques, techniques et philosophiques de l’époque. 

Dans cette intervention, Leslie se propose donc de faire une typologie succincte des « trucages magiques » utilisés au XIXe et de tenter d’expliquer leur évolution technologique en fonction des avancées techniques que connait la période.

Le médium spirite ou la magie d’un corps hypermédiatique à l’ère de la modernité

Mireille Berton (Maître d’enseignement et de recherche, Université de Lausanne)

Cette intervention propose de revenir sur une question souvent traitée dans l’histoire des sciences et de l’occultisme, à savoir le rôle joué par les instruments de mesure et de capture dans l’appréhension des faits paranormaux. 

Une analyse de sources spirites parues durant les premières décennies du XXe siècle permet de mettre au jour les tensions provoquées par les dispositifs optiques et électriques qui viennent défier le corps tout-puissant du médium spirite sur son propre territoire. 

La rencontre entre occultisme et modernité donne alors naissance à la figure (discursive et fantasmatique) du médium « hypermédiatique », celui-ci surpassant toutes les possibilités offertes par les découvertes scientifiques.

SOIRÉE : CONFÉRENCE/DÉMONSTRATION

PAUL HOURON (régisseur des effets spéciaux, Musée des arts forains)

« Illusions & Techniques ». 

Un survol des techniques employées de l’Eidophusikon de P.-J. de Loutherbourg à « Virtualia » de J.-P. Favand.
De 1781 à 2012, la similitude de la « fièvre chercheuse » est flagrante aussi bien dans la démarche de P.-J. de Loutherbourg, E. Robertson, L. Daguerre, J.-E. Robert-Houdin, G. Méliès, G. Lucas, D. Cooperfield, que dans celle de J.-P. Favand. 

Elle aboutit, dans la plupart des cas, à la réalisation « d’effets spéciaux » (en langage contemporain) tributaires en majorité de truquages essentiellement mis en oeuvre par des techniciens maîtrisant les découvertes scientifiques des époques correspondantes aux résultats obtenus. 

Le postulat de ces différents « inventeurs » a eu souvent pour point commun la même démarche : transformer un souhait imaginé en une réalité virtuelle sans en maîtriser au départ la solution technique... 

L’Eidophusikon, le Diorama, le Praxinoscope, les techniques de lévitation d’objets lourds, le mapping sur objets en volume en sont les résultats les plus spectaculaires.