les arts trompeurs, journée 2

Figures du magicien dans l’antiquité

Magali de Haro Sanchez (Docteure, Université de Liège)

Si la « magie » est un concept protéiforme, la figure de son principal acteur, le « magicien », est tout aussi variée. 

Depuis l’antiquité et au fil des siècles, son profil a évolué jusqu’à distinguer le magicien illusionniste et/ou prestidigitateur et le magicien sorcier. Ces catégories, classant les acteurs sur la base des différentes pratiques utilisées, se sont forgées au cours d’une transmission de savoirs et ont été influencées par différents courants, notamment religieux, comme le christianisme. 

Dans cette communication, on se propose de retourner aux sources, afin de cerner, autant qu’il sera possible, les différentes figures, ou profils, du « magicien » au travers de la littérature et des recueils de formules antiques pour en étudier l’évolution et ainsi mesurer leur impact sur la représentation actuelle des « magiciens » et « sorciers ».

Du visible au visuel, pouvoir du noir dans la magie nouvelle

Véronique Perruchon (Professeure, Université Lille 3)

La « magie nouvelle » est un art trompeur dont l’intérêt réside dans la dramaturgie scénique qui s’appuie sur les illusions d’optique et la perturbation des repères. 

Le noir invité sur ses plateaux offre un cadre propice à révéler les apparitions les plus irréelles : les corps en scène, affranchis des contraintes du réel, provoquent la rencontre avec le « sentiment magique ». 
À travers une expérience sensorielle, le spectateur plonge dans un univers irrationnel et envoûtant qui a le pouvoir évocatoire de « l’image ouverte » (Georges Didi-Huberman). 

Le noir immersif a la faculté de détourner l’opacité de l’écran du visible jusqu’à revêtir les qualités du visuel. 
Des spectacles comme Vibrations et Notte (Cie 14:20) ou encore Les Limbes (Étienne Saglio) permettront d’en décliner les occurrences.

Magie spectaculaire : pour une esthétique de l’émerveillement

Frank Kessler (Professeur, Université d’Utrecht) et Sabine Lenk (Chercheuse, Université d’Anvers)

Selon Tom Gunning, les premiers spectateurs du cinématographe s’adonnent pleinement à ce qu’il appelle « an aesthetics of astonishment », donc une esthétique de l’étonnement, de l’émerveillement et de l’éblouissement. 
Arthur Pougin décrit en 1885 les attraits du spectacle de féerie de manière analogue, comme ce qui vise à « surprendre, éblouir et enchanter le spectateur ». 

Dans cette contribution Sabine Lenk et Frank Kessler voudraient étudier les différentes facettes de cette esthétique de l’émerveillement qui régit pour une très large part le fonctionnement du mode magique des médias. 
Seront pris comme exemples quelques formes de spectacles autour de 1900 comme le théâtre de féerie, le cinématographe ou la lanterne magique. 
Seront discutés les mécanismes employés au sein des différents médias pour produire des effets spectaculaires dans le cadre d’une telle esthétique de l’émerveillement, mais on contribuera aussi à conceptualiser ce mode esthétique.

Le théâtre magique de Jean-Pierre Alaux

Patrick Désile (Docteur, chercheur associé au CNRS)

On sait que le Panorama dramatique fut un essai, éphémère, d’hybridation entre spectacle optique et art dramatique, hybridation que son nom même manifeste. 
On sait moins que le dispositif initialement imaginé par Jean-Pierre Alaux - qui devait mêler machineries et décorations, jeux de lumière et automates, et « porter la vraisemblance des choses au point le plus rapproché de la réalité » - avait été présenté sous le nom de Théâtre magique, puis de Spectacle magique. 
On propose de réexaminer le Panorama dramatique à la lumière de ce que nous savons de ce projet initial, de contextualiser ces tentatives pour constituer des spectacles « d’un genre entièrement neuf », d’interroger, par là, les notions mêmes de magie et de spectacle magique.

Techniques d’illusion : projet de mise en scène dans le théâtre de Maurice Maeterlinck

Adélaïde Jacquemard-Truc (Docteure, Université Paris-Est)

Maurice Maeterlinck considère que, dans la société moderne, seule la crainte de la mort rattache encore l’homme au réel. 
Les drames constituant son premier théâtre donnent lieu à une réflexion sur la forme que le théâtre peut donner à la mort. 
Les carnets de travail attestent des hésitations de l’auteur : il envisage dans un premier temps de recourir aux techniques d’illusion, dans La Princesse Maleine et L’Intruse, et mentionne la Pepper’s Ghost illusion, qui doit permettre de faire apparaître la mort aux yeux des spectateurs. 

S’il abandonne cette idée, il la recommande dans ses notes pour la mise en scène de L’Intruse. 
L’intérêt de Maeterlinck pour cette technique n’a pas encore été étudié : il s’agirait de compléter la connaissance de sa dramaturgie, et de voir comment les innovations techniques offrent de nouvelles possibilités à la création littéraire.

Incarner une créature magique : l’exemple des mermaid performers

Claire Baudet (Doctorante, Université Paris 3)

De l’Odyssée d’Homère à « La Petite Sirène » de Disney, le mythe de la sirène a considérablement évolué́ à travers les siècles. 
Il tend désormais à s’ancrer dans la réalité́ : depuis moins d’une dizaine d’années les « mermaid performers » ou « sirènes professionnelles » incarnent ces créatures fantastiques lors de représentations et vidéos subaquatiques. 

Comment faire de ces prestations un moment magique pour le spectateur ? 
A l’aide de sa propre expérience en tant que sirène professionnelle à l’Aquarium de Paris et de ses recherches sur les communautés de sirènes sur Internet, Claire Baudet souhaite exposer les différents processus qui permettent au public d’adhérer à cette représentation du mythe et de croire, l’espace d’un instant, en une certaine magie.

SOIRÉE : CINÉ-CONCERT MÉLIÈS

présenté par Anne-Marie Quévrain, direction musicale par Martin Laliberté

Projection de films en 35 mm issus de la collection de l'association Cinémathèque Méliès-Les Amis de Georges Méliès, sous la direction musicale de Martin Laliberté et présentés par Anne-Marie Quévrain petite fille de Georges Melies.

A.M. QUEVRAIN est titulaire d'un DEA et d'un DESS en sciences humaines (sociologie des organisations et psychologie clinique) et s'est très vite intéressée aux questions d'orientation professionnelle puis d'emploi et d'évolution ou de transition professionnelle. Ayant résidé plusieurs années hors de France (Pacifique sud et Maghreb), elle y a travaillé en environnement pluri-culturel. Anne-Marie a exercé 4 métiers. Comme responsable de services Carrières d' Alumni Grandes Écoles (MINES, ESCP EUROPE), elle a conseillé et accompagné plus de 3 000 cadres. Ses 3 autres métiers : conseil en recrutement cadres (AFIPEC Conseil, SEP), conseillère en orientation professionnelle, psychologue (création du 1er cabinet en Nouvelle-Calédonie). 
Descendante de Georges Méliès, pionnier français du cinéma des premiers temps, elle est secrétaire générale de l'association les Amis de Georges Méliès-Cinémathèque Méliès. http://www.cinemathequemelies.eu