Magie au cinéma

insaisissables 2 l'avant première

lundi soir 25 juillet, le film Insaisissables 2 était projeté en avant première dans les Cinévilles de France et de Navarre. Le Festival International de Magie - partenaire des cinémas Cinéville - était forcément de la partie et Gérard Souchet à donc été missionné pour présenter son spectacle durant l'entracte de la projection. Tous s'est très bien déroulé et les spectateurs étaient même bluffés de voir un "vrai magicien" en chair et en os. Les rires étaient bien là et la magie aussi. Nul doute que l'émotion magique est plus forte en vrai que sur un écran. Mais c'est un autre débat comme le dit souvent Gérard.
Peu de gens le savent, mais sans Georges Melies, cette soirée pour la sortie du film Insaisissables 2 n'aurait pu exister et plus globalement, le cinéma n'existerait pas comme il est actuellement. Car Méliès est l'inventeur de beaucoup, beaucoup, de choses pour le cinéma, c'est sans doute même le plus grand créateur qui a dédié sa vie à au septième art. Les plus grands réalisateurs américains lui vouent même un culte énorme...

A la rencontre de Georges Méliès...

Pour rappel, cet homme incroyable achète le Théâtre Robert Houdin et y dès monte dès 1888 des spectacles de magie et de grandes illusions

Meliès y sera tout en même temps directeur du théâtre, certes, mais aussi magicien,  inventeur de décors, créateur de costumes, il assurera la mise en scène sans oublier d'être le responsable du casting, 

Melies créera aussi en 1891, l'Académie de Prestidigitation, qui se transformera en 1904 en Chambre syndicale de la prestidigitation dont il est Président pendant plus de 30 ans. 

Mais c'est surtout pour le cinéma que ce génie à oeuvré... Voici même sans aucun doute le moment clé pour le cinéma, le moment qui déterminera le reste de sa vie :  le père d'Auguste et Louis LUMIERE, Monsieur Antoine LUMIERE, au cours du mois de décembre de l'année 1895 l’invite à une projection de cinématographe. C'est le choc ! Georges Méliès comprend alors instantanément l'importance de cette invention géniale. Il fait immédiatement une proposition pour acheter sa drôle de machine... ; Étonnamment (avec le recul), Mr LUMIERE refuse de lui vendre l'appareil en lui expliquant que cette invention n'a aucun avenir (peut on dire que le père des frères LUMIERE était un visionnaire ?) 
N'en faisant qu'à sa tête, Méliès fonce à Londres pour acquérir à William Paul un appareil tout aussi exotique et dédié à la prise de vue: l'animatographe. 

Méliès tourne des petits films (est ce le bon nom ?) avec des sujet très abordables techniquement : la mer, la rue, sa famille,… Rapidement, il va opter pour des petites séquences comiques qui seront interprétées par ses amis notamment. Il découvre parallèlement à ces premiers tournages les premiers trucages. 
Jusqu’ en 1912, Méliès réalisera plus de 520 films. Il faut lui reconnaître une créativité exceptionnelle. Tour à tour poétiques, merveilleux, magiques, fantastiques, mystérieux, un brin naïfs mais toujours pétris d’humour. 
Ces petits films d'une durée comprise entre 1 à 20 minutes étaient projetés par les camelots dans les foires. 
A cette époque, le film avait le don de surprendre, de bluffer, d' émerveiller les spectateurs. C'est Méliès qui invente les métiers du cinéma. Métiers qui alors n'existaient pas. C'est grâce à Méliès que nous pouvons maintenant parler de scénariste, de producteur, de chef-décorateur, opérateur, et même d'acteur, sans oublier le réalisateur et tant d'autres... 
L'Histoire foisonne de hasard qui transforme le monde. Le cinéma n'y échappe pas. 
En effet, les intempéries, et les changements intempestifs de luminosité qui sont liés au changement de météo (déjà !) donnent l'idée à Méliès de créer un studio de cinéma (encore une invention) qui permettra de stabiliser le tournage et d'avoir toujours les même conditions. 
Cet homme en perpétuel ébullition construira son studio chez lui, dans sa propriété de Montreuil. Il va même proposer rapidement des publicités (faut bien vivre...) mais aussi des reconstitutions d’actualités ou la reprise de faits historiques, et même des adaptations de livres.
C'est en 1902, que le film de Méliès le plus connu sera tourné : Le Voyage dans la Lune. Chacun s'accorde à dire que c'est la première oeuvre cinématographique de science-fiction du monde. Chez Méliès, tout est remarquable. Il invente (le mot est vraiment juste) tout un tas de techniques : outre l'écriture des scénarios, c'est Méliès qui créera : le fondu enchaîné, le gros plan, la surimpression, l'accéléré, le ralenti,l'arrêt sur image, l'usage des maquettes et tant d'autres....
Les génies ne sont pas souvent des gestionnaires. C'est souvent là un manque qui revient souvent chez eux... Le succès phénoménal de Méliès attise les regards... Il sera totalement copié, imité, surtout en Amérique où, à l'époque, il était plus que difficile, pour ne pas dire impossible, de poursuivre les copieurs et autres contrevenants.
Face aux empires en place (qu'ils soient financiers ou industriels), Méliès ne pourra pas lutter. Et comme tout les créateurs, Méliès accorde sa toute première importance à dessiner ses décors, créer des escamotages, faire volatiliser un sarcophage ou faire valser un papillon. 
Ses actions créatives le nourrissent bien plus que les chiffres, lui amènent une joie bien plus grande que les soucis financiers. 

Méliès est un créateur, et toute sa vie est dédiée à la création.
La fin de sa vie est nettement moins drôle : veuf, il devra s’occuper seul de ses deux enfants : Georgette et André.  
Puis arrivera la "grande guerre", la "der des der" disait-on, celle de 14-18. Le Théâtre Robert Houdin sera fermé. 
Poursuivi par ses créanciers, il devra vendre l’ensemble de la propriété familiale. Malheureusement pour nous pauvres spectateurs, l'ensemble de ses films seront vendus à des forains puis perdus ou détruits....

Merci Georges Meliès

Alors si ce lundi soir, Gérard Souchet, le magicien de Rennes a pu proposer un moment heureux  au Cinéville d'Angers, un moment teinté d'humour, un moment de merveilleux, c'est aussi grâce à ce génie du cinéma. Et ça, Gérard ne l'a pas oublié. Insaisissables 2, ce blockbuster américain, ne doit pas faire oublier que le cinéma doit beaucoup à Mélies, tout comme les magiciens. 

Alors Monsieur Méliès, permettez nous de vous dire : Merci !